Ma prof de français - Maths Sup 1994 (Partie 2)

Pour en revenir à ma professeure de français de Maths Sup, Mlle F..., j’ai dit que je l’aimais bien. Je peux le dire sans honte aujourd’hui que le jeune homme que j’étais avait un gros faible pour elle. Je la trouvais belle et intelligente et j’appréciais de l’écouter. Un jour, en plein cours, il m’est soudain venu l’envie d’écrire un texte à son sujet. A la fois touchant et maladroit, innocent et sensuel, c’est avec émotion que je l’ai ressorti de mes archives secrètes pour vous le livrer :
Une belle femme, avec un corps mince et souple, qui se déplaçait comme un félin. Des petits pieds chaussés dans des chaussures plates et pointues, soutenaient deux jambes parfaitement symétriques, très blanches, comme poudrées, sans aucune imperfection de la peau. Et leur si délicate courbure, leur si délicate finesse telles que je m’interrogeai sur le fait qu’elles puissent appartenir à quelque Vénus antique. Un chemisier léger et une jupe droite, ceint à la taille par une large ceinture de cuir, la recouvrait et cachait les lignes que je devinais à travers le tissu de ses vêtements.
Ses mains fines et osseuses s’agitaient constamment, mais toujours avec justesse, comme si chaque geste était calculé, et avec tant de spontanéité et d’innocence que la grâce de ce ballet touchait la perfection.
Malgré ce corps plein de jeunesse, difficile pourtant de déterminer son âge. Le temps avait tacheté son visage de quelques rougeurs. Sa chevelure brune et ondulée, attachée derrière le crâne, puis retombant sur les épaules, laissait apparaître quelques cheveux blancs. Un jour l’ayant croisée, avant de la reconnaître, je l’avais prise pour une dame vieillissante.
Mais quand elle parlait d’art ! Ses yeux s'enflammaient de plaisir, sa bouche devenait une fontaine de paroles à laquelle on eut aimé boire jusqu’à en mourir. Sa voix douce était un instrument divin, elle envoûtait ses interlocuteurs comme les sirènes envoutèrent les compagnons d’Ulysse. Des sourires énigmatiques se dessinaient sur son visage. Elle se fondait avec l’art, elle était l’art, intemporelle et absolue. Et elle se donnait, comme se donne l’art, et rien ne pouvait plus l’atteindre.
Je me souviens encore d’une phrase qu’elle a prononcée un jour : « Admirer quelqu’un, c’est l’aimer, laisser le désir pénétrer. »